Le saviez-vous ?

Le saviez-vous ?

Le site de Port-Royal renferme un lieu unique, empreint d’histoire, au cœur de Paris : le Cloître de Port-Royal

Éternellement liés aux débuts du jansénisme et à la figure de Blaise Pascal, les murs de Port-Royal figurent parmi les propriétés historiques appartenant à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. L’histoire de Port-Royal met en lumière la transmission de valeurs ancrées dans l’esprit français, malgré l’assaut du temps et des révoltes.

En 1204, Mathilde de Garlande décide de faire construire, en l’honneur de son mari Mathieu de Marly parti en croisade, une église et un monastère sur le domaine de Port-Royal des Champs où vont s’installer progressivement quelques religieuses de l’ordre de Cîteaux.  Délaissé sous le règne d’Henri IV, le couvent est restauré par l’abbesse Jacqueline Marie Angélique Arnauld, lui conférant ainsi une bonne réputation.

Sur ce modèle, d’autres couvents voient le jour sur le Faubourg Saint-Jacques à Paris: Carmélites en 1603, Ursulines en 1612, Bénédictines du Val de Grâce en 1620 et Feuillantines en 1623. Mme Arnaud acquiert en 1624 la propriété qui deviendra le site de Port-Royal de Paris. Sa restauration fait l’objet de préoccupation constante notamment pour accueillir un nombre croissant de religieuses. Ainsi, la duchesse de Longueville, la marquise d’Aumont et la princesse de Gueménée versent des dons de 1636 à 1660 afin de retrouver l’éclat d’origine des bâtiments de Port-Royal.

A la même époque, des constructions nouvelles marquent un peu plus la présence de Port-Royal : deux pavillons sont accolés à l’église et en bordure de la rue du Faubourg Saint-Jacques puis deux bâtiments à l’ouest de l’église dont l’un est mis à disposition de la communauté qui y instaure la salle Capitulaire, toujours préservée aujourd’hui.

Directeur de conscience du couvent dès 1636, l’abbé de Saint-Cyran réunit autour de lui Antoine Arnauld, Pierre Nicole et Blaise Pascal puis étend l’influence de Port-Royal au-delà de ses murs. Précurseurs du jansénisme dont la doctrine s’appuie sur la lecture de Saint-Augustin, « les Solitaires » étendent le mouvement au sein de la jeunesse, dans les milieux aristocratiques, dans les salons et jusqu’à la Cour.

Attaqué par les jésuites de la Sorbonne pour ses opinions hérétiques sur le problème de la « grâce », le mouvement janséniste sera défendu par Pascal dans Les Provinciales, considérées comme le premier chef d’œuvre en prose de la langue française. Séparé de Port-Royal des Champs en 1666, Port-Royal devient à Paris un lieu de débat spirituel et souvent un enjeu de pouvoir.

Port-Royal possède une aura très spirituelle puisque l’on y rapporte deux miracles. En 1656 Marguerite Perier, nièce de Pascal et pensionnaire du couvent est guérie d’une fistule lacrymale par l’apposition sur son œil d’un reliquaire contenant une épine tirée de la couronne du Christ et rapporté par Saint-Louis. En 1661, la fille du peintre Philippe de Champaigne, atteinte d’une paralysie des membres inférieurs, est soudainement libérée de son mal, peu après son entrée au couvent. Cet acte divin, peint par son père est aujourd’hui exposé au Louvre.

La vocation des bâtiments de Port-Royal va ensuite suivre le cours de l’Histoire de France. Déclaré bien national par les révolutionnaires, entraînant le départ des religieuses, les locaux vont d’abord servir de prison puis, après la chute de Robespierre, définitivement de maternité avec les premiers pas de la République.

Aujourd’hui les murs de Port-Royal sont marqués par le passage du temps mais laissent toujours paraître le reflet impérissable de l’histoire. La chapelle célèbre toujours le culte le dimanche, la salle capitulaire est imprégnée de l’esprit des religieuses, trois escaliers à balustres dont « l’escalier des miracles » ne lassent pas d’évoquer le mystère et les trois galeries du Cloître sont arpentées quotidiennement par le personnel de l’hôpital, côtoyant l’épitaphe d’Antoine le Maître, neveu du Grand Arnaud, conscience des lieux.